Vie et mort des hommes sans nom

La liste des SDF namurois décédés dans la Capitale de la Wallonie vient encore de s’allonger. Dans une indifférence politique qui devient insoutenable.

La semaine dernière, un jeune néerlandophone en échange linguistique au sein de notre famille s’étonnait du nombre de mendiants présents à Namur. Nous ne pouvions qu’acquiescer à ce triste constat.

Le lendemain, en pleines festivités du 21 juillet, l’un de ces derniers recevait des coups de couteau pour une affaire de sac à dos. Le coupable, un sans-abris également, fut vite trouvé et, cependant, laissé libre. Une décision qui n’avait pas manqué d’étonner sur les réseaux sociaux.  Une décision qui avait fait réagir la victime, depuis son lit d’hôpital elle se disait bien déterminée à régler son compte au responsable de ses blessures.

Moins d’une semaine plus tard, le 27 juillet, un SDF est trouvé mort sur le lieu de l’incendie d’un immeuble abandonné à des squatters. «C’est un incendie criminel. Il n’y a quasiment plus de doute. Plusieurs foyers ont été découverts par les pompiers», commentait, dans les heures qui suivaient, le substitut du procureur du Roi chargé de l’affaire.

Existe-t-il un lien entre la scène de coups de couteaux et cet incendie criminel ?  L’avenir l’apprendra, peut-être.

Quand l’histoire se répète

Le plus interpellant, cependant, est le mutisme politique qui a entouré ces deux faits. Un silence que les vacances ne suffisent pas à expliquer : des communiqués de presse continuent bel et bien d’être adressés aux médias. Comme celui qui, ce 27 juillet, jour de cet incendie criminel, faisant état d’un accès (enfin) possible à la plage d’Amée, les dernières analyses de l’eau étant positives. « Merci de diffuser cette information le plus largement possible », priait l’expéditeur du courriel.

L’eau qui allait éteindre le feu ? En quelque sorte, un média a d’ailleurs eu tôt fait de mettre cette information à la Une de son site Internet, reléguant la mort du SDF à une place moins « enviable ».

Ce qui est très interpellant également – et d’autant plus inacceptable – c’est la                répétition d’un  scénario qui s’est joué le 2 avril dernier, déjà. Avec l’incendie de la villa mosane « L’Hôtel de la plage », qui avait occasionné des blessures à trois squatters de la bâtisse donc question.

Un incendie qui avait fait réagir les riverains, estimant que cette catastrophe était prévisible. « Il y a déjà eu des alertes et des pétitions de riverains ». Ces derniers avaient, de fait, informé qui de droit « de la présence de squatters réguliers qui avaient élu domicile dans la villa, ainsi que du  va-et-vient continu d’autres SDF de passage (de jeunes casseurs et autres toxicomanes), ils ne pouvaient, eux-mêmes, assurer le service d’ordre qui aurait dû être mis en place par les personnes vraiment concernées. »1

Quid de l’humain ?

Si réaction d’édiles il y avait eu, à l’époque, leur discours avait été surprenant : le bourgmestre Maxime Prévot avait adressé aux médias un communiqué des plus techniques mentionnant le nombre de véhicules, de pompiers et de litres d’eau disponibles pour éteindre l’incendie. L’Echevin Arnaud Gavroy, également directement concerné, s’était voulu rassurant sur les briques: « Si la structure et les murs restent stables, on pourra procéder aux travaux de restauration, comme prévu, sans devoir raser complètement le site. »  Pas un mot des victimes. Pas un mot sur les décisions politiques à prendre pour éviter, à l’avenir, de tels faits.

Et voilà que l’histoire se répète, avec un mort, cette fois. Un décès qui allonge la liste des SDF ayant perdu la vie, sous cette législature, en raison de leur vie précaire dans la Capitale de la Wallonie.

Aujourd’hui, même l’opposition se fait silencieuse : s’agirait-il de ne pas fâcher un allié potentiel de la prochaine majorité ?

Il y a, de plus, fort à parier, qu’une fois encore, le nom et le prénom de la personne décédée ne seront pas évoqués. Comme si, à Namur, le fait de n’avoir pas de domicile et de ne pouvoir accéder à un abri de nuit aux normes (NDLR : malgré les promesses de l’échevin des Affaires Sociales Maxime Prévot, devenu bourgmestre (CDH), et du président du CPAS Philippe Defeyt (Ecolo)) vous volait toute identité, toute existence, après vous avoir ôté votre dignité.

Si la réaction de la population est loin d’être à la hauteur du gâchis humain, des soubresauts traduisant une indisposition croissante se font sentir sur les réseaux sociaux quant aux nombres de bâtiments concernés par un projet immobilier devenant la proie des flammes.

Morceaux choisis : « C’est bizarre ces bâtiments qui gênent et subitement prennent feu : départ du téléphérique, hôtel de la plage, port du Bon-Dieu… J’oubliais la villa à Erpent…   Et à chaque fois ce sont des squatters qui en sont la cause !!! ».

L’on pourrait aussi citer la typique buvette au toit de chaume du parc Louise-Marie, également partie en fumée.

« Cherchez à qui profite … l’incendie ! », lance sur Facebook une observatrice attentive à la vie politique namuroise.

«Certainement pas au pauvre gars qui a cramé dedans ! », se voit-elle répondre.

 

Rosetta Flochon

  1. Editions de l’Avenir – le 3 avril 2012.

 

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